Courtesy dependance, Brussels / photo: Virginie Schreyen
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Eugène Laermans, Edgard Tytgat, Marthe Wéry et Joëlle Tuerlinckx

17/12/2006 - 04/02/2007

Dans le cadre des études approfondies de collection, le MDD entend se mettre en quête des qualités intrinsèques de certains artistes présentés dans la collection. Eugène Laermans, Edgard Tytgat, Marthe Wéry et Joëlle Tuerlinckx ont été choisis pour représenter quatre générations d’artistes, tous originaires de la région de Bruxelles. Eugène Laermans est devenu célèbre avant même la fin du dix-neuvième siècle et Joëlle Tuerlinckx est active sur une plateforme artistique internationale depuis 10 ans seulement. En cent ans d’histoire de l’art, il est normal d’observer d’énormes changements dans la manière d’appréhender l’art, par l’artiste lui-même et par le spectateur. La « confrontation » de différentes œuvres a toutefois rendu manifestes certains parallèles, contrastes et réflexions : l’utilisation des couleurs, la gestion de l’espace, l’humour, la composition…

Ces quatre artistes ont chacun leur propre poids dans l’histoire de l’art belge, mais ils sont en même temps, de manière authentique, légèrement en porte à faux avec les traditions artistiques du pays de leur époque. Eugène Laermans (1864-1940) fut en quelque sorte le point de départ de cette exposition. Il représente avec Constantin Meunier le réalisme belge de la fin du dix-neuvième siècle, le plus ancien courant artistique présenté dans la collection du MDD. Eugène Laermans est considéré comme un réaliste socialiste de par son réalisme, les thèmes qu’il choisit et la récupération de son œuvre par le parti socialiste. Plusieurs auteurs soulignent cependant rapidement que la signification des œuvres de Laermans va bien plus loin qu’une simple réaction face aux réalités sociales. Le jeu de lignes horizontales, verticales et diagonales, l’équilibre entre les teintes ternes et plus claires et le rapport entre les personnages et l’espace donnent aux œuvres d’Eugène Laermans toute leur valeur. Il excelle dans la représentation d’un mouvement de foule, de quelques individus ou même d’un seul individu. Ses compositions représentant des groupes plus larges expriment une intensité tout aussi remarquable qu’étrange et font d’Eugène Laermans un grand nom de l’histoire de l’art belge, ainsi qu’un précurseur de l’expressionnisme flamand.

Outre la puissance de composition d’Eugène Laermans, le rapport entre les différents personnages joue un rôle particulier. Un silence de plomb, oppressant et angoissant semble souvent dominer la relation entre les personnes représentées. Cette absence de communication dominante et le doute et la menace qui en découlent sur les visages des personnages veulent « tout dire », lorsqu’on sait que l’artiste était totalement sourd depuis l’âge de onze ans et qu’il était donc à peine capable de communiquer. Mais ses toiles ne sont pas toutes empreintes de ce même esprit. Certaines œuvres d’Eugène Laermans témoignent d’un réel plaisir dans le jeu de motifs, de couleurs et de mouvements. On ressent aussi un certain voyeurisme curieux de la part de l’artiste, qui observe les habitants de son village lorsqu’ils discutent, ragotent, prennent leur bain dans la rivière, font la fête…

On retrouve ce même voyeurisme chez Edgard Tytgat (1879-1957). L’amour de l’artiste pour les petites histoires et autres détails joviaux de la vie quotidienne transparaît sans cesse dans ses œuvres. Son humour a, certes, quelques côtés pervers, mais il n’est jamais acerbe. Au contraire, il est relativiste et témoigne incontestablement d’une incroyable joie de vivre. Cette légèreté se retrouve aussi dans l’utilisation des couleurs d’Edgard Tytgat, qui défie même les lois de la gravité. Il ne cherche pas à faire de ses compositions des images puissantes ou grandioses. Le coup de pinceau d’Edgard Tytgat est généralement très intuitif lorsqu’il s’agit de l’espace, d’où les courbes parfois très étranges qui forment la perspective. Contrairement à Eugène Laermans, dont les premières compositions exprimaient une tension constante entre le mouvement et l’inertie, Edgard Tytgat est, sans nul doute, bien plus un narrateur dans la tradition de Breughel. Un petit détail représente souvent toute une histoire. L’histoire d’un intérieur tant aimé, de couleurs et de motifs tant appréciés, de harems orientaux, de scènes de la vie quotidienne et de promenades dominicales, de fêtes foraines, de cirques et de music-hall.

Deux éléments principaux définissent l’œuvre de Marthe Wéry (1930-2005) : la couleur et l’architecture. Elle peint des toiles monochromes, sous l’influence de Kasimir Malevitch, Mondrian et Barnett Newsman. Bien que ses œuvres semblent minimalistes, elles témoignent d’une grande maîtrise technique et d’une attention artisanale pour les couleurs. Les jeux de lumière et de transparence donnent vie à ses œuvres. Les panneaux deviennent les éléments de vastes compositions. Marthe Wéry considère le mur de la même manière qu’un peintre considère sa toile : chaque panneau coloré devient un « coup de pinceau » dans la composition. L’installation de son œuvre dans l’espace d’exposition ouvre ainsi un dialogue avec l’architecture et les autres œuvres. En résulte une expérience intense, presque sacrée, de couleurs et d’espace.

L’espace d’exposition (et sa perception) joue aussi un rôle capital pour l’artiste Joëlle Tuerlinckx (°1958 Bruxelles). Son œuvre « Nouveaux Projets D.D. » a été réalisée en 1999 à l’occasion de son exposition au MDD. Une partie de cette œuvre seulement est reprise dans le cadre de cette étude approfondie. Joëlle Tuerlinckx explore à travers son œuvre l’histoire du musée, les proportions du bâtiment, les descriptions de la collection, etc. Joëlle Tuerlinckx construit ses œuvres sur la base de normes exclusivement subjectives et personnelles. Ces normes peuvent conférer à ses œuvres une impression de marginalité et élèvent des détails insignifiants en apparence au statut d’objet d’attention. Le résultat que le spectateur peut admirer ne peut être résumé que comme des instants immortalisés et matérialisés dans un processus artistique continuel.

L’exposition s’est tenue du 17 décembre 2006 au 4 février 2007. Pour plus d’informations, consultez le magazine Museum DoorDacht 4.

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