Collectie-uitdieping ® Henk Schoenmakers
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20/02/2005 - 17/04/2005

Louis Thévenet est né le 12 février 1874, à Bruges. Il n’a que deux ans lorsque sa famille déménage à Bruxelles où il vivra plus ou moins jusqu’à la fin de sa vie. D’abord dans le centre-ville et, plus tard, dans les communes de Linkebeek, Drogenbos et Hal. De nombreux contemporains de Louis Thévenet y ont séjourné également, comme Edgard Tytgat, Ferdinand Schirren, Rik Wouters, Jean Brusselmans, Auguste Charles Louis Oleffe et bien d’autres.

Le peu d’informations biographiques connues concernant cet artiste est assez frappant et les données disponibles laissent pour le moins la porte ouverte aux interprétations. La biographie de Louis Thévenet est très confuse, en raison de nombreux problèmes sociaux (la mort précoce de ses parents et les problèmes d’alcool de son père) et de sa provenance d’une famille qui chérissait tous les aspects de la culture. Son frère Pierre était, en effet, un peintre plus connu que Louis lui-même. Sa sœur, qui avait entretenu Louis financièrement jusqu’en 1906, était une chanteuse d’opéra réputée à Paris. Les premières autobiographies présentaient Louis Thévenet comme un autodidacte, mais cette information a été réfutée par la suite. À 18 ans, il embarque à bord d’un cargo anglais comme aide de cuisine et fait ainsi plusieurs longs voyages (entre autres jusqu’à Haïti où Gauguin vécut un temps) à propos desquels il ne raconte jamais rien, même pas à son ami de cœur René Lyr.

Louis Thévenet fait, très jeune, la connaissance d’Auguste Oleffe, un peintre très important dans l’univers bruxellois de l’époque, qui exerçait une influence sans pareille sur lesdits fauvistes brabançons, dont Rik Wouters faisait, entre autres, partie. Louis Thévenet se lie d’une amitié profonde avec Auguste Oleffe et déménage pour un temps avec lui en 1896 à Nieuport. Il peint sa première toile en 1900, représentant l’église de Nieuport et l’intérieur de la maison d’Auguste Oleffe. Il revient s’installer à Bruxelles dès 1905. En 1906, il rencontre François Van Haelen, l’un des plus grands collectionneurs belges de l’époque, qui n’a cessé de le soutenir depuis lors. Il épouse la même année Emma Tevens, la personne qui tient ses comptes, grâce auxquels nous avons accès aux ventes de Thévenet depuis 1908. Il connaît un grand succès jusqu’en 1914 : ses toiles se vendent bien, il participe à toutes les expositions importantes et expose même dans la galerie bruxelloise renommée, la Galerie Georges Giroux. La reine Elizabeth elle-même lui achète un tableau. Mais l’intérêt pour son œuvre résidait plutôt dans le côté charmant et coquet de ses intérieurs petit-bourgeois et dans la naïveté que ses toiles dégageaient. Louis Thévenet s’est alors senti très incompris. Son abus de l’alcool et son caractère introverti n’en faisaient pas un homme charmant. Il fut presque rejeté par tous en 1914, sauf par René Lyr, qui écrira en 1945 une superbe biographie du peintre, intitulée « Mon ami Louis Thévenet ». Louis Thévenet décède le 16 août 1930 à l’âge de 56 ans, esseulé et solitaire.

Louis Thévenet était d’abord intéressé par le fait même de peindre, plutôt que par le résultat final. Cela se voit à l’équilibre artificiel de la composition, aux touches de peintures personnelles et anticonformistes, aux combinaisons particulières de couleurs et bien d’autres. Il cherche toujours la structure inhérente d’une peinture. Pour lui, c’est l’acte de peindre même qui était crucial, non pas le côté charmant de ses scènes qui faisait son succès. L’état psychologique du peintre y joue un rôle indéniable. Il a de gros problèmes de communication. La perte précoce de ses parents peut avoir un lien avec les difficultés qu’a éprouvées Louis Thévenet à se créer des amitiés, de peur de les perdre à nouveau. Ses problèmes d’alcool n’étaient certainement pas sans importance non plus. Il n’a pas su trouver d’équilibre dans son identification par rapport aux autres. La seule chose à laquelle Louis Thévenet pouvait s’identifier et qui lui permettait de communiquer était la peinture. Or, un peintre a, comme tout le monde, besoin de communiquer. Il peignait donc régulièrement de simples traces d’activités humaines (les gens peuvent entrer à tout moment dans sa composition ou viennent de la quitter). L’être humain reste systématiquement exclu de la scène. Cette particularité fait aussi de Louis Thévenet l’un des peintres les plus directs quand il s’agit d’utiliser le doute humain à tous les niveaux comme thème central : le doute entre le pictural et l’abstraction, entre le mouvement et l’inertie, entre la présence et l’absence. Cela se remarque aussi dans la peinture par des déformations flagrantes de la perspective et des changements brusques dans les touches de couleur et de peinture. Louis Thévenet n’est pas seulement un observateur très photographique, il ajoute aussi à chaque once de réalité une valeur totalement personnelle. Sa composition finale tient donc la route, malgré toutes les contradictions, d’un point de vue tant pictural que mental.

La sélection de peintures du MDD est une sélection très limitée de l’œuvre de Thévenet et s’inscrit dans le cadre de la série d’expositions dédiées aux artistes présentés dans la collection, mais peu connus du public flamand. Le musée Dhont-Dhaenens entend ainsi identifier les qualités intrinsèques particulières dans l’œuvre de ces artistes. Cette sélection est le fruit d’un choix très subjectif et se détache entièrement des choix relatifs à l’histoire de l’art inspirés par le modernisme classique, basés sur l’« innovation » ou l’« originalité ». L’appréciation classique des œuvres de Louis Thévenet comme des peintures d’intérieur « charmantes et coquettes » n’est pas non plus pertinente dans le cadre de cette collection. Louis Thévenet nous tient toutefois en haleine par la tension imperceptible qui émane de ses intérieurs. Cette tension est clairement le reflet de l’état d’esprit psychologique de l’artiste. Il ne fait pas part de ses sentiments au monde. Il ne les clame pas haut et fort, mais, au contraire, les maîtrise et les traduit dans sa toile à l’appréciation de l’objectivité remarquable d’un spectateur. Louis Thévenet avait certainement aussi, dans sa vie quotidienne, de grandes difficultés à être en paix avec sa propre personne, les autres et la vie elle-même. Il ne cherche certainement pas à s’opposer aux autres, mais se replie dans une solitude calme et prudente. Cette tension fragile fait de lui un artiste hors du commun qui, à l’heure actuelle, mérite encore toute notre attention.

L’exposition Louis Thévenet s’est tenue du 20 février 2005 au 17 avril 2005.

Pour plus d’informations, consultez le magazine Museum DoorDacht 1.

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